Note du 09-03-2015

3b26ca96-b67c-4e4b-af44-f0d3221a2a85-320x480Bonjour,

Cette semaine est dense car nous accueillons Maria Ptkq, Laurent M et plus.
La résidence consistait à partager notre lecture de l’ouvrage de Christophe Bonneuil, ‘L’événement Anthropocène’, par une pratique de classement et annotation des références issus de celui-ci.
Un article en cours vous apportera plus d’infos sur la méthode, les échanges et les outils utilisés, et peut-être sur une visualisation de ces data, tag, notes,…
Durant cette semaine, Ewen Chardronnet a traduit quelques extraits du texte de Deborah Danowsky et Eduardo Viveiros de Castro dont voici quelques extraits.

« Nous ne pensons pas exagérer en disant que l’Anthropocène, en annonçant la perspective d’une “fin du monde” dans le sens le plus empirique possible – celui d’un changement radical des conditions matérielles d’existence de maintes espèces -, suscite une véritable terreur métaphysique. Cette terreur ou panique s’exprime par une méfiance à l’égard de toutes les figures de l’anthropocentrisme, qu’il se manifeste à travers l’idéologie prométhéenne du progrès de l’humanité vers un Millénaire sociotechnique, ou à travers le pessimisme postmoderniste qui célèbre ironiquement le pouvoir constituant du Sujet en le dénonçant comme inépuisable matrice d’illusions. La prise de conscience que le projet grandiose de “construction sociale de la réalité” s’est réalisé par la “destruction écologique de la planète” suscite une (quasi-)unanimité autour de la nécessité de déclarer dépassé – c’est-à-dire de faire passer – le monde des gens sans monde que fut le monde des Modernes. »
p.242

« En vrais spécialistes de fin du monde, les Mayas et tous les autres peuples indigènes des Amériques ont beaucoup à nous apprendre maintenant que nous nous trouvons au seuil d’un processus de transformation de la planète en quelque sorte ressemblant à l’Amérique du XVIème siècle : un monde envahi, rasé, décimé par des barbares étrangers. Que le lecteur s’imagine en train de regarder (ou de jouer dans) un de ces films B de science-fiction, où la Terre est envahie par une race d’extraterrestres se faisant passer pour des humains afin de dominer la planète et d’utiliser ses ressources parce que leur monde d’origine est déjà épuisé. En général, dans de tels films, les extraterrestres se nourrissent des humains eux-mêmes : de leur sang, ou de leur énergie mentale, quelque chose du genre. Maintenant, imaginez donc que cette histoire soit déjà arrivée. Imaginez que la race extraterrestre soit, en réalité, nous-mêmes. Nous avons été envahis par une race déguisé en humains, et nous découvrons qu’ils ont gagné : nous sommes eux. Ou alors y aurait-il deux espèces d’humains, comme le suggère Latour ? L’une alien, extraterrestre, et l’autre indigène ? Peut-être serait-ce toute l’espèce, dans sa totalité, qui serait partagée en deux, l’extraterrestre cohabitant avec l’indigène dans un même corps : un léger décalage de sensibilité nous a fait percevoir cette auto-colonisation. Nous serions, ainsi, tous des indigènes, c’est-à-dire des Terriens, Indiens envahis par les Européens, les “Humains” ; nous tous, y compris bien sûr, les Européens (ils furent l’un des premiers peuples terriens à être envahis). Une parfaite reproduction en intention (plus intra !), une fin des partitions en extension : les envahisseurs sont les envahis, les colonisés sont les colonisateurs. Nous nous réveillons dans un cauchemar incompréhensible. »
p. 323

Cela apporte un regard décalé sur les questionnements lié à notre exploration de l’anthropocène. Justement, Tropixel #2 se profile, et nous sommes en contact pour aller rencontrer et interviewer ce couple d’anthropologues, sociologues qui avaient organisés l’an dernier : http://osmilnomesdegaia.eco.br/ avec Bruno latour, Isabelle Stengers, …