CONTEXTE

Nous sommes aujourd’hui inquiets face aux transformations de notre environnement et l’apparition de phénomènes nouveaux comme le bouleversement des cycles naturels, le dérèglement de nos systèmes économiques, l’implosion démographique, l’apparition de nouvelles formes de violences, etc. Notre faculté de raisonnement, nos outils techniques, tout comme notre propre expérience ne suffisent pas toujours à appréhender ces évolutions. Malgré l’énorme flux d’informations qui nous parvient en continu sur ces questions, il devient de plus en plus difficile de comprendre leurs interconnexions. Des vagues d’images de catastrophes naturelles, de mouvements de populations, de crises financières…, nous inondent sans pour autant pouvoir nous offrir une vision lucide sur les situations. Par ailleurs, force est de constater la quasi absence des humanités dans de nombreuses formations de l’enseignement supérieur qui tend vers la spécialisation et la professionnalisation des cursus, donnant une lecture plus technique que critique pour éclairer ces nouveaux enjeux. Dès lors, comment ouvrir une nouvelle voie de compréhension ? Comment donner de nouvelles clés de lecture à partir d’un croisement de regards, celui de l’artiste et celui du spécialiste, qu’il soit scientifique ou étudiant en médecine, en business ou en ingénierie ? Comment l’art peut mettre en lumière de manière différente les multiples facettes de nos questionnements et problèmes qui ont désormais une dimension planétaire ? Quelles sont les voies permettant de suivre le réseau des causes à effets des mutations actuelles ? Comment peut-on les « représenter » pour les rendre « visibles » et pouvoir comprendre ? Il faudra sans doute trouver et activer de nouvelles articulations entre nos multiples savoirs et langages, empiriques et savants, et faire croiser nos deux grands « récits », le récit scientifique et le récit artistique. La Fondation Daniel et Nina Carasso est convaincue que cette nouvelle ère que nous vivons appelle à une production transdisciplinaire et collaborative des savoirs qui doit aussi impliquer la société civile, acteur incontournable de la vie démocratique et citoyenne. Encourager des projets et actions qui mobilisent une intelligence de la coopération est notre meilleur outil pour comprendre et agir face aux enjeux du monde contemporain.

INTENTION

L’omniprésence du numérique dans notre quotidien, l’évolution rapide des technologies bousculent et façonnent nos pratiques, nos manières de vivre et de penser. Internet a révolutionné notre régime d’accès à la connaissance tout en développant le partage, voire de nouvelles formes de coproduction de savoirs (wikis, réseaux sociaux, sciences participatives etc.). Depuis peu, émergent des espaces appelés « fablabs », « biolabs » dans lesquels se partagent des savoirs et savoir-faire hétérogènes ainsi que des publics qui le sont tout autant : chercheurs, artistes, citoyens… La culture numérique favorise en effet naturellement le croisement des approches et des disciplines telles que l’art, l’éducation populaire, la culture scientifique et technique, etc. Elle offre aussi des outils qui favorisent l’innovation et l’expérimentation et facilite l’émergence de nouveaux modes d’organisation entre des acteurs autour de sujets sensibles.

En tant qu’acteur de la culture numérique, PiNG s'intéresse à l'omniprésence numérique dans laquelle nos sociétés évoluent, et cherche à questionner les impacts des technologies sur notre environnement. Un terme a récemment été popularisé dans le débat actuel sur le changement climatique : l’Anthropocène. L’Anthropocène qualifie l’époque (ou l'âge) où les activités humaines ont commencé à avoir un impact global significatif sur les écosystèmes de la Terre. Afin de décrypter collectivement ce concept et ses enjeux, PiNG a impulsé en janvier 2015 un laboratoire ouvert Art / Science / Technologie / Société, entre université populaire, recherche scientifique, conférences et création artistique. Des chercheurs, scientifiques, artistes, curateurs, activistes y ont été invités à questionner et raconter leur vision de l'Anthropocène, lors de résidences et workshops au lieu unique.

En juillet 2015, l'exposition « 0.Camp : culture numérique et enjeux de l’Anthropocène » a rendu compte, sous forme d’installations, documentations et ressources multimédias, de cette recherche partagée et collective en devenir. : http://artlabo.org/0/ .

Il nous est apparu que si nous voulons vivre en résilience au temps de l’Anthropocène, il est plus que jamais essentiel de comprendre les relations symbiotiques existant entre l’humain, le végétal et l’animal, non seulement dans la fine couche atmosphérique qui entoure notre planète, mais également dans les océans.

C’est sur ce sujet que va s’incrémenter la suite de 0.CAMP : 1.CAMP à partir de janvier 2016.

DEMARCHE

Dans l'objectif de mieux décrypter ces enjeux, PING a impulsé le développement d'un programme ouvert de recherche/création dès janvier 2015 : « Les arts politiques doivent hésiter, tâtonner, expérimenter, reprendre, toujours recommencer, rafraîchir continûment leur travail de composition. Chaque sujet de préoccupation, chaque affaire, chaque objet, chaque chose, chaque « issue », chaque concernement : il va falloir recommencer. Il n’y a rien qu’on puisse transporter tel quel d’une situation à l’autre ; à chaque fois, il va falloir ajuster et pas appliquer, découvrir et pas déduire, spécifier et pas normer, décrire – avant tout décrire. Ce sont des arts justement, des artifices, des astuces, des compétences, des artisanats, des pratiques – pas des sciences. » (Extrait du Manifeste compositionniste de Bruno Latour qui accompagne le lancement d’une École des Arts Politiques à Sciences Po Paris (SPEAP) à l'automne 2010).

Le projet 1.camp s'incrit dans une démarche ouverte, compositionniste et coopérative, et tentera de répondre aux objectifs suivants :

→ Participer à la production d’une réflexion partagée sur la question de l’Anthropocène

→ Valoriser le croisement des pratiques et des savoirs : croiser les histoires, histoires scientifiques, histoires politiques, histoire de l’art, histoires des luttes sociales et écologies, science fiction.

→ Favoriser les pratiques artistiques : les artistes et les pratiques intermédia interviennent comme agents discursifs de l'esprit du temps. La rencontre avec la problématique se fait via l'artiste qui joue le rôle de médiateur entre acteurs des sciences humaines et fondamentales.

→ Rendre visible ce qui se passe au cœur des labs ( artistiques, scientifiques, associatifs ), les processus et les enjeux, les surgissements et les apprentissages

→ Mettre en débat les questions actuelles liées aux sujets abordés : Anthropocène, biens communs, communautés, culture numérique et culture scientifique, citizen science, logiciels libres, art numérique, création pluri-disciplinaires, etc.

→ Permettre au public de participer, d’expérimenter, de partager et ainsi de prendre part à ce travail de recherche collective


1.CAMP is supported by the Daniel and Nina Carasso Foundation Programme de la fondation Carasso : Composer les savoirs pour mieux comprendre les enjeux du monde contemporain

Enjeux : Les collaborations transdisciplinaires entre artistes et scientifiques

Bilan