Une autre science est possible, manifeste pour un ralentissement des sciences, Isabelle Stengers, La Découverte, ed. Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2013.

Isabelle Stengers fut d’abord chimiste avant de se déclarer « perdue pour la recherche ». Elle enseigne aujourd’hui la philosophie à l’Université de Bruxelles. Elle travaille sur les fameux rapports science-société, sur le féminisme et la survie de notre humanité au temps des catastrophes. Elle aime les cigarettes. Quand les scientifiques battent le pavé pour « sauver la recherche », Isabelle Stengers nous renvoie à cette question : de quoi faut-il la sauver ? Longtemps épargnés par le rouleau compresseur de la normalisation capitaliste, les scientifiques subissent à leur tour les objectifs imposés au reste du champ social. Les voilà soumis à des impératifs de rendements, leur travail doit pouvoir être évalué et traduit en indicateurs de performance. Cette fast science à un nom : l’économie de la connaissance. Les chercheur-se-s protestent et implorent qu’on les laisse chercher en paix. En somme, les scientifiques voudraient revenir au temps d’avant, celui où les scientifiques pouvaient se prétendre autonomes dans un territoire situé au-delà du politique et du social. Les voilà capturés eux aussi par la raison capitaliste et Isabelle Stengers leur offre un miroir où ils peuvent lire leur participation à ce grand kidnapping. La science s’est construite comme une machine de conquête du monde, elle doit maintenant explorer de nouveaux rapports avec ce qui se trouve en dehors d’elle. Les scientifiques doivent se civiliser dit Isabelle Stengers et ne plus se penser comme « le cerveau pensant, rationnel, de l’humanité ». Leur tort est d’avoir accepté la tâche de calmer les peurs de l’opinion dans la course au développement (ce qu’on appelle dialogue science-société). Comme la slow food qui met en rapports les producteurs et les consommateurs, la slow science est une science qui accepte de ne pas ignorer les questions qui fâchent et d’écouter les critiques venues de l’extérieur des laboratoires.